Le plus bas soumissionnaire : une fausse économie ?

Le plus bas soumissionnaire

Lorsque vient le temps de choisir un entrepreneur en électricité, le réflexe naturel est souvent de comparer les prix. Si vous recevez 12 soumissions pour un projet de 50 000 $, il est presque certain que l’une d’elles sera nettement plus basse que les autres. Et bien souvent, c’est celle-là qui retient immédiatement l’attention, soit: celle du plus bas soumissionnaire.

Mais statistiquement, dans un groupe aussi large, il est très probable qu’au moins un entrepreneur ait commis une erreur d’estimation : heures sous-évaluées, matériaux mal calculés, complexité du chantier mal anticipée ou simplement volonté agressive d’obtenir le contrat. Plus il y a de soumissionnaires, plus les chances qu’un prix soit anormalement bas augmentent.

Le problème n’est pas nécessairement le prix en soi. Le problème, c’est ce qu’il peut cacher.

En matière d’électricité, une estimation trop optimiste ne disparaît pas une fois le contrat signé. Elle se transforme en pression sur le chantier, en raccourcis invisibles ou en compromis sur la qualité. Et ces compromis, eux, peuvent coûter beaucoup plus cher que l’économie initiale.

Alors, le plus bas soumissionnaire est-il vraiment la meilleure décision ?

Quand 12 entrepreneurs soumissionnent un projet de 50 000 $

Imaginez un projet résidentiel ou commercial évalué à environ 50 000 $. Vous recevez 12 soumissions. Statistiquement, que se passe-t-il ? Dans un groupe aussi large, il est presque inévitable qu’au moins un entrepreneur ait :

  • mal calculé ses heures

  • oublié un poste budgétaire

  • sous-estimé les matériaux

  • mal évalué la complexité du chantier

  • voulu “rentrer” à tout prix.

Plus il y a de soumissionnaires, plus il est probable qu’un prix soit anormalement bas. Et devinez lequel attire l’attention en premier ? Le plus bas. Le problème, ce n’est pas le prix en soi. Le problème, c’est l’erreur qu’il peut cacher.

PLUS BAS SOUMISIONNAIRE - ENTREPRENEURS

L’erreur statistique du plus bas soumissionnaire

En économie et en gestion de projets, on parle parfois du “winner’s curse” — la malédiction du gagnant. Dans un appel d’offres avec plusieurs compétiteurs, celui qui gagne est souvent celui qui a sous-estimé le plus. Non pas parce qu’il est le plus efficace. Mais parce qu’il a fait l’erreur la plus optimiste. Dans le domaine de l’électricité, une estimation erronée peut rapidement devenir un problème opérationnel :

  • Temps prévu : 5 jours;

  • Temps réel : 8 jours;

  • Marge prévue : faible;

  • Marge réelle : inexistante;

Et là, la pression commence.

Certaines pratiques ailleurs dans le monde

Dans certains pays européens, notamment dans des appels d’offres publics, des méthodes alternatives existent. Plutôt que de choisir automatiquement le plus bas soumissionnaire, on peut :

  • Éliminer la soumission la plus basse

  • Éliminer la plus élevée

  • Analyser la médiane ou le meilleur rapport qualité/prix

L’objectif n’est pas de payer plus cher. L’objectif est d’éviter les offres anormalement basses qui risquent d’entraîner :

  • Retards

  • Modifications contractuelles

  • Travaux supplémentaires

  • Conflits

Dans plusieurs juridictions européennes, les offres “anormalement basses” peuvent même être rejetées si l’entrepreneur ne justifie pas clairement ses coûts. Pourquoi ? Parce que l’expérience a démontré que le plus bas prix n’est pas toujours le meilleur choix.

Sur le terrain : ce qui se passe vraiment

Maintenant, parlons réalité chantier. Quand un entrepreneur obtient un contrat avec le plus bas soumissionnaire, deux situations se présentent :

1. Il absorbe la perte

Ce qui est rare et non viable à long terme.

2. Il compense ailleurs

Et c’est là que les problèmes apparaissent. Sur le terrain, cela peut se traduire par :

  • “Go, go, go, on est en retard !”

  • Moins de temps accordé aux détails

  • Équipes réduites

  • Matériaux moins coûteux

  • Raccourcis invisibles

En électricité, un travail bâclé n’est pas toujours visible immédiatement. Les fils sont derrière les murs. Les connexions sont cachées. Les protections sont invisibles. Mais les conséquences, elles, peuvent apparaître plus tard :

  • Disjoncteurs qui sautent fréquemment

  • Prises qui chauffent

  • Éclairage instable

  • Risque accru d’incendie

  • Etc…
 

Une soumission trop basse crée une pression interne. Et la pression mène souvent à la vitesse. Et la vitesse mène aux compromis.

Plus bas soumissionnaire - 50,000$ pas cher

Le faux calcul du client

Du point de vue du client, le raisonnement semble logique : “Pourquoi payer 53 000 $ si quelqu’un le fait à 47 000 $ ?”. Mais si ce 47 000 $ est basé sur une erreur d’estimation ou une sous-évaluation volontaire, le risque est transféré. Pas éliminé. Il est transféré :

  • Dans la qualité

  • Dans la durabilité

  • Dans la sécurité

Et parfois, dans des coûts futurs de correction.

Comment reconnaître une soumission anormalement basse ?

Voici quelques indices :

  • Peu de détails dans le devis

  • Description des travaux insuffisamment claire.

  • Délais irréalistes

  • Aucune mention de conformité ou de garantie

  • Écart important avec la moyenne des autres prix

Si 10 entrepreneurs sont regroupés autour d’un prix similaire et qu’un seul est 20 % plus bas, la question à se poser n’est pas : “Pourquoi les autres sont si chers ?”. Mais plutôt : “Pourquoi celui-ci est si bas ?”.

Prix ou stabilité ?

Choisir un entrepreneur en électricité ne devrait pas être uniquement une décision basée sur le montant final. C’est une décision basée sur :

  • La conformité aux normes

  • L’expérience

  • La transparence

  • La stabilité financière

  • La qualité d’exécution

  • Le service client

 

Le plus bas soumissionnaire en électricité peut parfois être compétent. Mais statistiquement, dans un groupe important, il est souvent celui qui a fait l’erreur la plus optimiste. Et en matière d’électricité, les erreurs ne sont pas toujours immédiates. Elles apparaissent plus tard.

Conclusion

Le principe du plus bas soumissionnaire peut sembler rationnel. Mais lorsqu’on comprend la dynamique des appels d’offres, des estimations et de la pression sur le terrain, il devient clair qu’une soumission anormalement basse peut cacher un déséquilibre. En électricité, la vraie question n’est pas : “Quel est le plus bas prix ?”. Mais : “Quel est le prix juste pour un travail fait correctement, durablement et sécuritairement ?”. Parce qu’une économie mal calculée aujourd’hui peut devenir une correction coûteuse demain.

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Projet de loi no 79 – Pour mettre fin à la règle du plus bas soumissionnaire

Prix juste pour travail bien fait